Partir sur le champs donc…
Voilà un champs. Un champs sauvage que d’autres qualifieraient un peu rapidement de terrain vague, ce qui dans le cas présent ne serait qu’à moitié faux. Car vague il l’est précisément, tant de part ses contours flous, les clôtures le délimitant étant pour le moins poreuses, que par son statut actuel. S’agit il d’un terrain privé appartenant au Canadien Pacifique comme chacun le sait, ce qui signifie que personne n’est aujourd’hui en droit d’y pénétrer sans autorisation, ou d’un lot en instance de rachat par l’arrondissement du plateau Mont Royal qui le positionne en élément clef du dispositif de revitalisation du secteur Maguire, avec la perspective d’y prolonger la rue St Viateur et d’y ouvrir une voie d’accès à la station Rosemont.
Dans les deux cas, qui ne sont par ailleurs pas contradictoires, la question de son utilisation actuelle reste pour le moins énigmatique.
Voici une poignée de résidents, citoyens, travailleurs ou artistes qui l’occupent quotidiennement et lui confèrent un statut différent, celui de territoire habité. Les uns pour promener leurs chiens, les autres pour se rendre au travail, certain pour y recenser faune et flore sauvage, organiser des visites culturelles, et même le nettoyer et y planter des fleurs!
Que ces derniers se fassent avertir qu’ils n’ont rien à faire ici par la police de Montréal, dont ce type d’intervention ne fait pas partie de ses attributions soit dit en passant, est pour le moins étonnant. Car s’il n’y a rien de surprenant à se faire dire qu’une propriété privée est inviolable, celle ci l’est de fait depuis des années. Que la police y déloge les contrevenants passe encore, mais qu’elle ne menace que les plus pacifiques, les plus responsables et à ce jour les plus généreux d’entre eux, semble totalement incompréhensible.
La problématique soulevée par l’intervention de ces représentant de la loi demeure fondamentale et centrale dans le processus de revitalisation du secteur. Car l’enjeu premier reste celui de la propriété. Qu’un terrain privé laissé à l’abandon, sans entretient aucun, recouvert de toutes sortes de déchets nomades se voit ré-approprié par un certain nombre de riverains bénévoles qui, plusieurs mois durant, offre son temps et son enthousiasme pour le nettoyer et intervenir artistiquement est apparemment un crime.
Qu’un propriétaire négligeant laisse en jachère urbaine ce même terrain, quitte à favoriser la présence de seringues et d’autres accessoires prohibés, et nos représentant armés n’y trouvent rien à redire.
Deux poids deux mesures qui mettent en lumière une situation paradoxale. Les agents de la police de Montréal sont les représentant légaux de nos institutions, elles même n’étant que les dépositaires du pouvoir citoyen. En d’autre terme on oublie trop souvent que ces gens, quelque soit leur statut, sont à notre service et payés par notre communauté. Et qu’à ce titre ils nous doivent d’abords respect et diligence dans la mesure où nous ne menaçons ni eux même, ni d’autres membres de cette communauté.
Ors, en cette époque de scandales politico-financier en cascade où nombre de ces même représentants est lourdement impliqué, il nous semble que le type d’intervention policière que l’on nous a offert dimanche dernier est pour le moins inconvenante. Voir déplacée!
Elle aura pour vertu pré-électorale de motiver les citoyens qui se sentent concernés par la gestion de leur ville, de leur quartier, de leurs rues et terrains vagues à commencer à s’organiser en lobby communautaires qui n’auront d’autre objectif que l’application par nos représentant de nos aspirations populaires.
Et puisque l’exemple des cafés citoyens et du forum a prouvé que certaines utopies peuvent toujours se transformer en réalité tangible, il est l’heure de profiter du momentum pour envisager la suite des opérations.
J’ouvrais ce billet par le mot vague qui, heureusement, a plusieurs significations. J’espère que celle qui semble grossir aux quatre coins de la métropole, de l’échangeur Turcot jusqu’au secteur St Viateur, va enfin nous éveiller à l’absolue nécessité de reprendre possession de nos villes. La rue nous appartient, les espaces abandonnés aussi!
Affirmons haut et fort que nous resterons sur le champs, en animal attentif et… Votant.
