imagine (le) mile-end.

re-imaginer notre ville / re-imagine our city

Utopie Vs Pragmatisme?

StViateur01

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Allez, les dés sont jetés!

Si la panique liée à la grippe A(Ahhh!) ne décime pas les rangs des électeurs d’ici dimanche, on peut estimer que les décisions sont prises dans les coeurs et les têtes des citoyens.


Je l’avoue à présent, moi je n’irai pas voter.


Pour quelles raisons? Pour cette raison:
Une carte de format crédit, où figure ma photo ainsi que mon adresse dans le Mile end, Montréal, Québec, Canada, porte le titre de Résident Permanent.


Dans une autre vie, française celle là, où je partageais l’hystérie parisienne avec quelques autres millions d’habitants, je me suis souvent posé cette question: Comment se fait il que mes voisins d’origine africaine, asiatique, américaine, qui payent tous leurs impôts et taxes à cette douce république des “droits des l’homme”, qui tiennent les petits commerces du quartier, lui offrant une vitalité exceptionnelle, qui lisent la presse au bar devant leur café-crème en parlant politique avec leur amis français “tricotés serrés”, comment se fait il que ceux la n’ont toujours pas leur mot à dire lorsqu’il s’agit de définir l’avenir de la ville où ils ont élu résidence, alors que d’autres, mieux nés semble t’il, ne prennent pas la chance de se déplacer durant une heure, une fois tous les 4 ou 5 ans, pour exprimer leur intérêt pour le futur de leur communauté?


Aujourd’hui, je suis de l’autre coté de la frontière. Je connaissais les lois avant de faire ce choix, en accepte les règles en attendant ma futur citoyenneté canadienne, et observe pourtant le jeux démocratique de ma nouvelle ville avec un immense intérêt.
C’est mon tour de nourrir l’espoir d’assister à un vote massif, à une réappropriation de la politique locale par les citoyens, et dieu sait si les raisons sont bonnes maintenant à Montréal de ne pas s’abstenir. C’est pourquoi je suggère à tout ceux qui ont le privilège de pouvoir s’exprimer dimanche de ne pas passer leur tour, de ne pas abandonner cette chance d’influencer l’avenir de leur ville. Une fois tous les 4 ans, allez, l’effort n’est pas si grand!

Un choix unique s’offre à vous: Pragmatisme ou Utopie.


Le pragmatisme vous conduira à considérer le statut quo comme le meilleurs des maux, quand bien même les voleurs ont pris les clefs du château, celui ci ne s’effondrera pas, du moins pas dans l’immédiat. Le pragmatisme flattera ce bon vieux cynisme qui nous condamne à nous choisir des chefs que nous ne respectons pas, que nous refuserions comme amis mais qui, “en bon père de famille”, sauront faire tourner la machine et nous corrigeront si nos rêves ou nos espoirs apparaissent soudainement un peu trop idéalistes. Le pragmatisme, enfin, suit une idéologie précise et ne perd pas de temps à s’imaginer de nouveaux possibles, il regarde sans cesse en arrière pour savoir ce qui peut ou ne peut pas fonctionner. Ce pragmatisme reconduira les même hommes ou femme à la tête de nos villes, provinces, états. Pas d’inquiétude pourtant, il est en oeuvre partout dans le monde, au Québec ou en France, en Chine comme en Russie, on ne change pas des équipes qui gagnent et s’enrichissent de nos désillusions citoyennes!
A grande échelle ce pragmatisme nous condamne à toujours plus de corruption puisque, soyons réalistes, il n’y a pas de vaccin contre ce virus, plus de rentabilité pour 5% de la population, plus de développement, plus d’automobiles, plus d’inégalité sociale, plus de pollution, plus de pauvreté, plus de conflits. Non pas que le pragmatisme soit mauvais par nature ou qu’il complote contre les peuples, il ne croit juste pas au changement, à l’évolution, à la progression. Ses représentants partent du principe que les choses sont ce qu’elles sont, qu’on ne peut rien y faire, que tout se résume à une lutte entre le fort et les faibles et que le résultat est couru d’avance. En regardant autour d’eux, tout les conforte dans cette idéologie, et surtout les 65% d’abstention aux dernières élections municipales…


Les pragmatiques font des histoires, mais jamais l’Histoire, ils n’auraient pas parié un cenne sur la révolution française, l’abrogation de l’esclavage, de la peine de mort, la victoire de la révolution douce québécoise, l’émancipation des femmes, le recul de l’influence religieuse au Québec, la prise de conscience écologiste, l’arrivée d’un président noir à la tête des états unis… Ils aiment célébrer ces grands changements, mais n’ont tout simplement pas les moyens intellectuels ou le courage de les anticiper avant qu’ils ne s’imposent à eux. Peut être ont ils convenu une fois ou deux que l’impossible devenait possible, en dessinant un échangeur autoroutier ultra complexe, un nouveau quartier des spectacles ou une tour de stade penchée. Mais ici s’arrête leur imagination… Ils vous dirons que la collusion est un phénomène intrinsèque à la gouvernance, vous parleront de verdissement plutôt que biodiversité, déploreront la gentrification mais ne se doteront pas des moyens de l’empêcher, limiteront la place de l’automobile en ville mais partiront en courant si vous leur proposer de fermer certains secteurs à la circulation. Ils voient en la démocratie participative une forme d’anarchie à endiguer, et estiment que les élus doivent gouverner plutôt que représenter la population qui leur à délégué le pouvoir décisionnel. Leur dogme s’appuie sur deux concepts, réalisme et rentabilité politique.  Le reste sera qualifié ou plutôt disqualifié d’utopie, ce qui leur évite, convenons en, toute prise de risque d’envergure.


Cette Utopie, beau néologisme inventé par Thomas More, reste une injure dans la bouche de beaucoup. Et aujourd’hui encore, politiciens et éditorialistes nous servent leur soupe réchauffée en recourant toutes les deux phrases à ce mot si délicieux.


J’ai du beaucoup voyager pour mon travail. Et mon travail consiste à aller voir ailleurs comment ça se passe, à aller observer l’état du monde et des espèces qui le peuplent. Il me reste tant à découvrir et à apprendre que je me garderai de faire la leçon, surtout en ma qualité de résident permanent d’origine française (…!), mais je peux témoigner d’une chose dont je suis à présent convaincu, les plus grandes réussites sont toujours issues d’utopies! Une simple lecture de manuels scolaires de secondaire vous le confirmera.
Sans cette utopie qui semble tant effrayer nos élites frileuses, je doute même qu’il me serait possible de rédiger ce texte dans ma langue maternelle pour un lectorat francophone minoritaire en Amérique du nord. Le pragmatisme voudrait que tout ce Québec soit rentré depuis longtemps dans le rang anglophone si on avait écouté la raison du plus fort à l’époque!

A postériori, combien de projets urbains totalement utopiques à l’époque de leur conception sont aujourd’hui cités en exemple par ces gens très sérieux?                          Venise bâtie sur une lagune, le Paris d’Haussmann, Amsterdam sillonnée de canaux, Tokyo reconstruite ex-nihilo en deux décennies, Manhattan et sa forêt de Skycrapers, Dubai surgit du désert, etc, etc… Le monde serait si plat si les pragmatiques étaient systématiquement au pouvoir!


Je suis venu ici car je pense que cette ville est potentiellement une des plus agréable au monde, et je reste convaincu qu’il suffirait de peu pour que ce potentiel se transforme en une réalité, mais il faut poser des gestes forts, ambitieux et prendre le risque du changement. A ce jour, je suis convaincu que Projet Montréal est le parti le plus apte à travailler en ce sens. Aussi, j’espère que les montréalais vont faire le choix de l’audace et de l’imagination, et oublier ce pragmatisme raisonnable sans issue qui condamnera la métropole à un déclin lent et irrémédiable.


Fred